passionnée de photos, j'aime surtout photographier la nature et ses merveilles et j'ai envie de partager ces moments avec d'autres passionnés pour découvrir d'autres horizons.
HENRI PICHETTE
Je suis oiselet
Le petit nouveau du pensionnat des mésanges
Mon premier vol amuse tout un arbre.
Jouant du vent, je fais mon apprentissage et mes gammes.
Je suis parti, non sans danger,
A la conquête du verger.
Gare le trébuchet ! la reginglette : les gluaux !
La vie, parait-il, n'est pas angélique,
O pourtant l'adorable ciel bleu !
La pluie claire des sombres nuages !
C'est le paradis que les mois à fleurs ,
Mais Jésus ! que l'enfer la saison de neige !
Aïeuls qui avez l'expérience,
Je croirais enter aux archives de la foret
Lorsque, le soir, vous me contez vos mémoires.
Vrai ! à nuit dans
Un soleil vigile au cœur de chaque étoile,
Je rêve que le héros m'admet dans sa mission,
Je cours les hasards, rencontre l'amour, repousse la mort,
Demain, l'aurore épanouit mes ailes.
Demain, j'ai l'œil
Aux grains de mil aux œufs de papillons
Et je chasserai la sauterelle.
J'ai mon pêché mignon, il faut que je le dise :
Pour mon bec une abeille est grande friandise.
Demain,
Un poirier me sera la capitale du monde.
Je suis ânon,
Je m'enivre du lait des herbes,
J'ai le sabot tendre au moindre caillou.
Le temps que le foin puis je regain jaunisse
Et je brairai ma science aux meneurs de foules,
Aux leaders suivis, tribuns écoutés ... qu'ils m'en croient.
Les nuées s'amoncellent.
Les taons me harcèlent, piqueurs
Gourmand du suc de mon sang.
Je tourbillonne dans le pré carré.
Tout à coup un zigzag fulgural
Déclenche les hostilités naturelles.
Le ciel fond sur la terre
Eblouie par les électriques furies.
Le tonnerre qui ne décolère pas s'engouffre en mes oreilles .
Il pleut dru, il déluge
... une éternité passe en grossissant les fleuves....
Enfin
Iris déplie sa lumineuse écharpe
Revoici l'azur net et ses carrousels d'hirondelles.
L'odeur d'après la pluie embaume toute la campagne.
Je m'ébroue , et reprends le chemin où s'évapore
L'eau des flaques tranquilles.
Parfois, je m'arrêt à l'une d'elle, m'y voyant
A l'envers avec le ciel en bas ;
Mes naseaux soufflent sur mon image
Et de ma bouche file une longue salive ;
Je suis truitelle,
Fille de race arc en ciel.
J'habite une onde pure et froide
Venue par cascatelles au pied de la montagne ;
L'ombre fugace des libellules me ravit,
Celle des saules, exquise, le martin pêcheur y ruse ;
Alerte à lui ! le démon étincelant ! la terreur du fretin !
Et de m'enfuir parmi les bouquets d'élodées.
Une goutte d'air me donne des vertiges.
Je me suis mussé dessous la roche en surplomb
Et là, coite, j'ai vu
Passer le grand saumon retour de l'océan
Dans un lent mouvement de légende lucide.
On dit
Que tout là-bas commence l'infini
Par une frange d'écume,
Que mille et mille feux
- Astres des nuits ,phares à éclipse, lanternes de navires -
se fondent aux ondes.
Il parait
Que, touché par la grâce du beau jour ,la mer
N'est qu'un flot de reflets.
Telles serait d'amour et De mort les nocas
Entrecoupées de résurrections merveilleuses ;
Je crois bien à l'éveil du soleil au chevet de la source,
Pourquoi non à tant de vif argent et de célestes nages ?
Baptêmes de bateaux, volutes de vapeur, enflement des voiles,
Configuration de bonnes étoiles ?
O pleine lune, est-ce toi la roue de la Fortune ?
Ici dans l'eau innocente et douce
Le genou de baigneuse est rond comme un galet ;
Je suis poète
Et j'ai une âme pour tous les âges.
Né à Châteauroux le 26 janvier 1924, d'un père d'origine québécoise et d'une mère nîmoise, il eut une enfance plutôt mouvementée ;
Il écrit ses premiers poèmes en 1943 et, correspondant de guerre pendant la campagne du Rhin au Danube, commence les Apoèmes en 1945.
Sa pièce poétique, Les Épiphanies, créée en décembre 1947 par Gérard Philipe et Maria Casarès, l'a révélé comme une des voix majeures de la poésie de notre temps.
Henri Pichette contribua à plusieurs revues : Les Lettres françaises, Mercure de France, Esprit. Il est mort le lundi 30 octobre 2000.
DENTS DE LAIT DENTS DE LOUP
LES DITELIS DU ROUGEGORGE
